Heureux à tout prix ? Les dessous de la Positivité Toxique

positivite toxique

Le masque de la positivité toxique 

Nous vivons une époque où être heureux et positif, tout le temps, est un impératif. C’est l’époque du “soit heureux et tais-toi!”. Les réseaux sociaux ont leur part belle dans ces injonctions. Chaque jour doit être une fête. Certes, être positif a un impact fondamental sur notre santé, psychique et physique. Avec de meilleures pensées, nous améliorons notre système immunitaire, gérons mieux le stress, et nous sociabilisons plus facilement. Seulement, être “positif forcé”, c’est-à-dire se forcer à voir les choses positivement, même quand tout ne va pas comme on veut, peut rapidement nous rendre… malheureux. Ou “mal heureux”, heureux, oui, mais pas de la bonne façon.

Et la période où nous vivons ne nous aide pas. Dans le monde d’instagram, l’injonction à la positivité est la règle. La vie y est belle, abondante et colorée. Les personnages sont beaux et les scènes de tournage toujours plus incroyables. Lorsque nous scrollons, hypnotisés par toutes ces belles choses, nous oublions vite que tout ça n’est qu’une affaire de marketing, et que ce n’est pas la vraie vie. Nous avons juste des zooms, des moments de vie heureux et choisis méticuleusement. Du marketing quoi. Montrer des moments de bonheur pour gagner toujours plus de sous. Et nous, spectateurs du bonheur, nous pensons que la vie est une suite de photos et de vidéos de cocktails colorés et de belles fesses musclés, bronzées au solarium. Car, oui, les concepteurs de ces réseaux l’ont bien compris : l’humain est en recherche permanente de plaisir (c’est Freud qui le dit). De sa naissance à sa mort, le combat quotidien de l’humain est d’apaiser ses états de tensions, à travers notamment la recherche du plaisir. En faire un business est une idée de génie. 

La recherche du bonheur est donc… économique ? Oui. Quand la positivité toxique n’est qu’un argument de marketing; Voyons par exemple le développement depuis une dizaine d’années à l’émergence de la psychologie positive, cette branche de la psychologie qui aide à développer des mécanismes comportementaux plus “positifs”, et qui a donné naissance à toutes ces “recettes miracles” pour transformer sa vie, qui font tant fureur. L’économie du bonheur se développe, et  tout ce qui peux nous faire nous sentir mieux est bon à marketer.

La positivité est devenue une tyrannie. 

Face à toutes ces promesses, nos pinceaux se mêlent, et il est temps d’y remettre un peu plus de clarté. Alors, lorsque l’on nous parle “d’être positif”, qu’est ce que cela veut dire ? Se mettre des œillères, et avancer en souriant, coûte que coûte, les yeux tristes mais le sourire large ? De quelle recherche du bonheur parlons-nous dans ce cas la ? Une image irréelle de ce qu’il devrait être ? Il est temps de redéfinir en terme simple ce qu’est une positivité saine et constructive. 

Alors, être positif à tout prix, est-ce une bonne idée?

Positivité saine vs positivité toxique

La positivité n’a rien de mal en soi. Au contraire, elle a un réel impact sur notre santé globale. Elle devient toxique lorsqu’elle est forcée. On la retrouve dans ces petites phrases toutes faites que l’on connaît tous et que l’on a déjà tous reçu : “c’est rien, ça va passer”, “ça arrive à tout le monde”, “quand on veux on peux”. C’est se forcer à positiver quand un événement ou quelque chose qui nous fait mal arrive, c’est se forcer à croire que ne pas regarder les émotions négatives nous rendrait plus heureux.  

Accepter

Accepter l’inconfort nous rends plus fort

Sans nos ratés, nos déconvenues, les satisfactions les plus profondes de l’existence nous resteraient inconnues”. C’est en quelque sorte ce que veut dire Charles Pépin, dans les Vertus de l’échec. Vivre heureux ne veut pas dire vivre sans problèmes, dans le confort total. Nous vivons tous – sans distinction- des moments douloureux comme le deuil, la maladie, l’échec, la frustration. Et c’est tout à fait normal, ces expériences font partie de la vie. Il est quasiment impossible de les éviter, mais aussi d’éviter les émotions désagréables qui les accompagnent. Nous avons tous déjà été tristes, en colère ou malheureux.

Et ressentir ces émotions qualifiées de “négatives”, est même  sain. Si elles existent, c’est qu’il y a une raison. La peur par exemple, nous aide à éviter les situations dangereuses et a été indispensable à notre survie au cours de l’Histoire. La colère nous aide à rétablir les limites de notre territoire quand elles semblent bafouées. Finalement, il n’existe pas de “bonnes” ou de “mauvaises” émotions, qu’il faudrait à tout prix fuir. Les expériences négatives nous donnent des leçons, et nous aident à comprendre ce que nous vivons, et quelle direction prendre. Ce sont nos guides. Elles nous aident à progresser. Et c’est en progressant (échouer et réussir) que nous nous construisons, et que nous ressentons de la satisfaction. 

Le voile du bonheur n’est levé que face aux difficultés de la vie.  La positivité toxique ne nous dit pas ça.

La positivité toxique a un impact sur notre santé mentale et physique

Se forcer à voir les choses sous un angle positif, et tenter de voir la vie en rose à tout prix, peut vous coûter cher. Éviter de ressentir les émotions négatives, les ignorer ne vous rendra pas plus heureux. Celles-ci seront juste oubliées, cachées, quelque part dans votre psyché, et dans votre corps. Car oui, les émotions s’engramment dans nos corps. Le corps et le psychique étant intimement liés, mettre sous le tapis des émotions fortes, les faire taire peut être fatal. Si vous ne les laissez pas s’exprimer comme elles le doivent, elles le feront d’une autre manière… de manière sournoise.

Quoique les gourous de la positivité toxique vous disent, ce n’est aussi simple qu’ils le disent. Les émotions ne disparaîtront pas par magie, et un sentiment de mal-être, une culpabilité sous-jacente, peut naître. Parfois même des maladies – lorsque l’expression de ces émotions est trop longtemps étouffée. Et cela peut avoir un impact sur nos relations aux également : minimiser la souffrance de l’autre, le culpabiliser et le juger, ne pas arriver à entrer en contact ect… Interdire ses émotions, c’est également interdire celles des autres. Et cela s’appelle la tyranie. 

Alors n’ayez plus peur de ce que vous ressentez. Se sentir en colère, triste, impuissant est ok. Profitez de ces moments pour apprendre à vous connaître. Laissez-vous guider par vos émotions. Elles ont quelque chose à dire. 

Qu’est ce qui peut nous aider alors ?

Commencer par comprendre que le bonheur n’est pas l’absence de malheur. Ce n’est pas ce que nous vendent les réseaux sociaux, ni les gourous du “positivisme à tout prix”. C’est à partir de là qu’on parle de positivité toxique. Être positif, c’est accepter les vagues qui nous submergent. C’est prendre la vie sous toutes ses formes, et s’ancrer dans la réalité, avec ses choses qui font du bien et d’autres moins. 

Développer une pensée plus positive, c’est accepter de traverser les épisodes moins heureux de notre vie, et d’en tirer avantage, d’en faire un moteur pour avancer vers ce qui nous est essentiel. Apprendre à reconnaître les émotions que nous ressentons -et que ressens l’autre-, les laisser vivre, et s’exprimer est un premier pas vers le chemin de la positivité . 

“Il faut connaître le sol pour pouvoir y planter un arbre qui grandisse” (toujours Charle Pépin 🙂 ) 

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